Quand un athée devient docteur en théologie (2/2): Interview de Guillaume Bignon

Dans un précédent article, nous vous avions présenté Guillaume Bignon, ancien athée devenu docteur en théologie.
Nous l’avons contacté pour une petite interview différente, et Guillaume s’est prêté au jeu non sans humour et finesse, jugez vous-même:

Bonjour Guillaume, peux-tu te présenter en une ligne?

Je m’appelle Guillaume Bignon, je suis ingénieur, responsable de l’équipe de développement informatique dans une salle de marché des matières premières pour une banque française à New York. Je suis un théologien philosophe, mari de Katherine et père de trois enfants dont les âges sont des entiers consécutifs inférieurs ou égaux au nombre de ces enfants, ce qui fait que j’ai du sommeil en retard et trop de bonheur pour un seul homme.

Dans un précédent article, nous avons parlé de ton témoignage, comment tu es passé de l’athéisme à la foi, comment Dieu a travaillé ta conscience et t’a convaincu de péché. Si tu pouvais rencontrer Guillaume Bignon à 15 ans, bien avant toute cette expérience, que lui dirais-tu?

Je lui dirais: « Dieu existe, et ça vaut la peine de se poser la question maintenant plutôt que dans 10 ans, réfléchis-y, et lis un peu. Les livres, c’est pas si ennuyeux que ce que tu penses. Oh, et aussi, mets du gel, tes cheveux sont trop épais pour sortir comme ça. »

Quels sont les défis d’un jeune apologète chrétien?

L’un d’entre eux est de se rappeler qu’un jeune apologète est… jeune. Il est difficile de parler avec maturité de certains sujets sur lesquels on n’a pas encore passé assez de temps. Lire beaucoup sur un sujet avant de se prononcer publiquement est une bonne idée.

bignon26554113_nSelon toi, quels sont les défis actuels de l’Église?

Oh là, je ne suis pas vraiment sociologue ou même un pasteur, alors difficile à dire. Je suis tenté de dire que l’Église doit faire face au scepticisme en apportant de l’apologétique, mais comme je suis un apologète, il n’est pas improbable que ça ne soit qu’un avis trop peu impartial: j’ai un marteau, alors tout ressemble à des clous.

Penses-tu que les églises préparent suffisamment à la défense de la foi?

Je ne connais pas suffisamment « les églises ». Comme je viens de le dire, il est improbable qu’elles le fassent suffisamment, mais ça n’est peut-être pas leur responsabilité complète, au final. L’individu a accès à des ressources. Il n’y a pas encore grand chose en français, mais avec des notions d’anglais et la quantité de ressources existant dans la langue de Shakespeare, il n’y a pas d’excuse.

Quels conseils donnerais-tu à un jeune chrétien qui voudrait se former à l’apologétique?

Lis. Réfléchis. Répète les deux premiers pas.
Au milieu des lectures apologétiques, philosophiques, historiques, et autres, garde un regard biblique sur tous ce que tu lis. Il est fréquent que les théologiens soient incompétents en matière de philosophie et d’apologétique, mais il est tout aussi fréquent que des philosophes ou apologètes soient insuffisamment imprégnés de la Bible. Il faut les deux pour un avocat complet de l’évangile.

As-tu trouvé des contrastes entre la connaissance biblique académique (universitaire) et puis le terrain (au niveau de l’église, de la communauté chrétienne,…)

Oui, c’est souvent le cas, certaines légendes urbaines réfutées depuis longtemps dans les milieux universitaires ont encore la belle vie dans les milieux populaires. C’est la vie. C’est pour ça qu’il est important pour des ministres de Dieu d’avoir un peu un pied dans chaque monde, pour apporter le meilleur du monde universitaire aux personnes sur les bancs d’église.

Par exemple?

Par exemple l’idée que le mot grec agape signifie « amour divin ». Dans la bible, le mot agape fait souvent référence à l’amour divin, mais tout simplement parce que son sujet est Dieu. Le même mot est utilisé ailleurs pour faire référence à une qualité bien moindre. Par exemple dans la septante, il est utilisé pour faire référence au viol de Tamar. Pas franchement divin! Ou un autre exemple est la présence de variants textuels dans les manuscrits du nouveau testament. Le chrétien est rarement au fait par exemple que le pericope adulterae (récit de la femme adultère soi-disant dans Jean 7) n’était probablement pas dans la version originale de l’évangile de Jean. Ça n’est pas un secret, et c’est souvent expliqué dans les notes de bas de page de nos bibles, mais visiblement le chrétien moyen ne les lit pas. Alors quand un Bart Ehrman (théologien américain, spécialiste en critique textuelle du Nouveau Testament, connu pour son agnosticisme, ndlr) expose dans ses conférences qu’il y a énormément de variants entre les différents manuscrits, et qu’il y aurait donc des raisons de douter des écritures à cause de ça,  la foi de ce chrétien moyen est forcément ébranlée. Mais pourtant, les universitaires chrétiens savent et enseignent ces choses là et elles ne remettent aucunement en question la fiabilité des écritures. C’est donc important que ce genre de chose soit enseigné aux chrétiens sur les bancs d’église, et pas uniquement sur les bancs universitaires. Pour un traitement juste et orthodoxe de cette question, je conseille la lecture de l’article de Dan Wallace: My favorite passage that’s not in the Bible

Au niveau personnel, qu’est ce qui a été prépondérant dans la genèse et la croissance de ta foi ?

La présence double d’une réflexion intellectuelle, et d’une remise en question morale/existentielle. Il était nécessaire que le cerveau comprenne les raisons de croire en Dieu, mais le christianisme n’est pas qu’une croyance intellectuelle: un chrétien est quelqu’un qui reçoit l’évangile: la bonne nouvelle que Dieu nous pardonne nos péchés en Jésus Christ, non pas par nos bonnes œuvres, mais gratuitement, par la foi en Jésus qui est mort sur la croix pour payer le prix de nos offenses. Cette croyance nécessite bien plus qu’une démarche intellectuelle, elle demande une réalisation que l’on est pécheur, que l’on a besoin du pardon de Dieu, et que ce pardon se trouve en Jésus.

Une petite blague qui te fait bien rire?

« Interdiction de courir sous peine de poursuite. » (source mon père, bien entendu)

Qu’est ce qui t’attristes le plus dans l’actualité?

Les photos d’enfants affectés par les conflits. Depuis que j’ai les miennes, de petites crapules, mon cœur s’enflamme quand je vois ces enfants devant la dure réalité de ce monde déchu.

Le voyage que tu as préféré faire?

Mon premier voyage en Alaska, où mon épouse américaine a de la famille. Les montagnes, les rivières sauvages, les baleines, les aigles, les élans, la pêche au saumon, sont tous incroyables. La création révèle la gloire du créateur.

Ton plat préféré?

Tout ce que cuisine mon épouse. Américaine, elle a appris à cuisiner en France, et elle est impressionnante. Je ne la mérite pas. Mon épouse est corrélée à beaucoup de mes choses « préférées ». Elle lit le français et pourrait tomber sur cette interview, il est important que je couvre mes arrières.

Ton morceau de musique non-chrétienne préféré?

Difficile de choisir un seul. J’aime beaucoup Dream Theater, groupe New Yorkais et son claviériste Jordan Rudess.

Ton livre chrétien et non-chrétien préféré?

Ici encore pas vraiment de numéro 1 incontesté. J’aime beaucoup Warranted Christian Belief d’Alvin Plantinga, et les livres du petit Nicolas dans le monde non chrétien.

Fais-tu assez de sport?

De quoi j’me mêle? Et puis ça dépend si courir après 3 bébés ça compte pour du sport.

Hollande ou Sarkozy (ou autre?)

Ni l’un ni l’autre, bien au contraire

Trump ou Hillary?

Peste ou choléra?

Passe temps préféré?

Le temps passe sans moi, j’ai pas le temps de l’aider à passer. Évidemment pour un universitaire chrétien, mon activité préférée est celle qui avant ma conversion me sortait par les yeux: lire!

Quelle question souhaiterais-tu que je ne te pose pas?

La présomption qu’il n’y en a qu’une est bien flatteuse.

Il semble que tu sois en train d’écrire un livre?

Oui j’y travaille en ce moment. Il s’agit d’un mix entre autobiographie et introduction à l’apologétique. Je raconte mon histoire de conversion en fil rouge, tout en discutant des questions apologétiques pertinentes. Sinon j’ai publié quelques articles sur le site de l’association axiome: www.associationaxiome.com, notamment de longues critiques des livres de Michel Onfray et André Comte-Sponville. Elles me semblent bien calibrées pour servir d’introduction à l’apologétique « chrétien vs athée », en français ce qui est assez rare!
J’ai aussi publié d’autres articles sur le site leboncombat.fr et j’ai un blog personnel: TheoloGUI.

Merci Guillaume pour cette interview!
N.S.

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